Collection Lambert
en Avignon
5 rue Violette
84 000 Avignon
Ouvert tous les jours
sauf le lundi de 11h à 18h.
Juillet/août : tous les jours
de 11h à 19h.
01 juil. > 29 sep. 2019

Basquiat Remix

Matisse, Picasso, Twombly

Jean-Michel Basquiat, Sans titre (Left Entrance Hall), 1986
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Jean-Michel Basquiat, Sans titre (Left Entrance Hall), 1986
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Jean-Michel Basquiat, Sans titre (Left Entrance Hall), 1986, crayon, crayon gras et gouache sur papier / pencil, oilstick and gouache on paper, 106 x 75 cm, collection Enrico Navarra, New York. © Estate of Jean-Michel Basquiat. Licensed by Artestar, New York

 

L’exposition présentée à la Collection Lambert retourne aux sources de l’énergie brute de la peinture de Jean-Michel Basquiat, questionne la singularité d’une œuvre aussi viscérale que consciente d’elle-même, qui dépasse rapidement ses particularités propres et le talent rayonnant d’un jeune prodige, pour symboliser à elle seule de nouvelles manières d’envisager l’art dans les années 80.

 

Quand Jean-Michel Basquiat entre dans le monde de l’art comme par effraction au début des années 80, il s’y présente avec une audace inouïe ; celle d’un jeune artiste d’origine haïtienne qui impose la peinture comme le médium nécessaire de la représentation au moment même où l’on annonçait sa mort révolue. C’est avec ce cadavre et son aréopage de fantômes sublimes qu’il investit les murs des galeries les plus établies, qu’il ouvre leurs portes aux nouvelles manières de penser et de faire d’une génération contre-culturelle nourrie au métissage culturel, à l’appropriation des mythes et des grands maîtres du passé, au mixage des références issues du grand art et des subcultures, puisant autant dans le vernaculaire que chez les grands classiques avec une jubilation et une énergie inédite.

 

Chez Jean-Michel Basquiat, les sources se mélangent avec une intuition et un savoir hors du commun. Il n’est pas simplement ce jeune homme de son temps qui puise tel un DJ dans le répertoire des formes les plus intéressantes et les déplace à l’envie dans de nouveaux territoires de création. Il est cet artiste éclairé qui, à l’heure où la modernité s’éteint presque inexorablement, en questionne les formes et les promesses dans un ultime geste aussi sensible qu’affecté, depuis le point de vue d’un jeune noir américain qui pourrait en être le dernier passeur.
C’est en priorité à Picasso, Matisse puis Twombly qu’il emprunte une partie de leur vocabulaire formel, notamment dans leur aspect le plus primitif. La volonté de revenir à un sentiment brut et essentiel le conduit à convoquer l’intérêt de Matisse ou Picasso pour la célébration de formes originelles, exotiques, régénératives. Il puise ainsi chez l’un et l’autre un attachement aux couleurs primaires, à la fragmentation des sujets, aux visages troublants, à la dissonance des couleurs et des formes ou à des compositions ou objets modestement artisanaux.  Plus encore, comme Matisse, Picasso ou Twombly, il s’écarte de la froide virtuosité pour convoquer la naïveté et la maladresse et redonner à l’art son énergie pure, celle qui amène au sublime et met en partage une œuvre aussi sensible qu’engagée. 
Par ce geste audacieux qui le place dans une généalogie des plus remarquable, aux côtés des grands noms de l’art moderne, Jean-Michel Basquiat met aussi à l’épreuve les promesses d’une modernité qui s’éteint.

Il questionne à travers son rapport à l’Histoire de l’art, au monde de l’art et à l’Amérique des années 80, la situation politique d’un monde éclaté et cynique. Car les peintures de Jean-Michel Basquiat sont autant de territoires métissés où se côtoient Matisse, Picasso, Twombly, Charlie Parker, Cassius Clay, Mooglie, les poèmes de rue et tant d’autres figures noires symboliques. Elles sont la promesse de nouveaux espaces de représentation sensibles, en même temps qu’elles luttent contre leur difficulté à exister à l’écart d’un exotisme qu’elles mythifient avec jubilation comme pour l’annihiler.

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Curateur  : Stéphane Ibars